Artistes criminels

Le tatouage s’est démocratisé en Europe depuis un certain temps, tout le monde en porte, ça ne choque plus personne (du moins, j’espère). Ce n’est pas encore le cas dans tous les pays, vous êtes un certains nombres à être intéressés par la culture asiatique et la plupart d’entre vous sont déjà au courant qu’en Asie les tatouages ont gardé une certaine connotation criminelle, notamment avec les gangs comme les Yakuza pour le Japon.

Et même si là encore ça se démocratise de plus en plus, la Corée du Sud garde un train de retard avec ces jeunes générations.

Saviez-vous qu’il n’existe aucune règle entourant le tattoo là-bas ? Que seuls les médecins ont le droit de tatouer ? Et bien sûr rare sont les médecins qui finissent tatoueur, enfin personne ne va se taper toutes ses années d’études, de stress, de bourrage de crâne pour au final faire un métier aussi artistique et surtout, beaucoup moins lucratif, comme tatoueur (vraiment beaucoup moins).

Pour cette raison, tous les studios de tattoo là-bas sont illégaux. Oui, tous les tatoueurs qui y bossent sont des criminels. Ils encourent des amendes et de la prison pour exercice illégal de la médecine. La plupart des studios sont donc des endroits cachés comme des caves réaménagées. Bien sûr la plupart du temps les autorités les laissent tranquilles tant qu’ils ne font pas trop parler d’eux. Mais il n’est pas rare pour les artistes coréens d’avoir déjà subi une descente de police dans leurs studio ou bien d’avoir déjà été condamnés.

Triste n’est-ce pas ? Surtout que l’absence de règles, en général, concernant le tatouage implique également l’absence de règles sanitaires (à vos risques et périls : hello les infections). La plupart des tatoueurs sont obligés d’aller se former à l’étranger, non seulement pour le tatouage en lui-même mais aussi pour apprendre toutes les normes d’hygiène en vigueur dans les autres pays, pour essayer d’offrir les meilleures conditions dans leurs studio. Mais aussi tout ce qui s’apparente au matériel de tatouage car il est impossible pour eux d’en trouver en Corée et sont obligés d’en importer de l’étranger via internet.

Ce qui est assez ironique dans un pays où le physique prône et où tu te fais refaire à peu près tout et n’importe quoi au lycée pour ressembler à ton idole K-pop préféré (not so fun, fun, fun tout ça).

Aussi, les tatouages sont très mal vu en Corée du Sud, encore plus qu’au Japon, à titre de comparaison. Anciennement réservés aux gangs, le tattoo représentait également (à partir de 2/3 du corps) pour certains jeunes, une échappatoire au service militaire, encore obligatoire, de deux ans. Bien évidemment, les autorités ont découvert la supercherie et peu importe le fait que tu sois tatoué de la tête au pied, faire ton service militaire tu iras jeune homme (bien essayé mais c’est raté!). Mis à part ça, il est aujourd’hui difficile de se promener, même dans Séoul, tatouages à l’air, sans sentir les regards désapprobateurs, les remarques et autres attitudes négatives des autres. Dommage. Car cela veut dire qu’encore trop de personnes en Corée du Sud se voient bridées, dans l’incapacité de s’exprimer physiquement, dans l’impossibilité de réfléchir par eux-mêmes sur la question de leur apparence et de la beauté.

Mais petit à petit, doucement, le tatouage commence à se démocratiser, chez les jeunes du moins. Et grâce à qui ? Aux stars, emblèmes de la K-pop ou encore aux sportifs de renom, quand les « Peoples » s’encanaille ça donne forcément des idées aux restes du bas peuple. Même si cela reste pour la plupart du temps dans des endroits non visibles (habillé du moins), et de petits tattoo.

Surtout chez les femmes où on peut remarquer que ce sont les petits tatouages, souvent aux traits minutieusement fins qui ont la côte, car bien évidemment cela doit rester le plus discret possible pour ne pas choquer ou faire mauvais genre ( ♪ Bad boys bad boys.. ). Mais vous savez, les stars non plus, n’ont pas la vie facile avec leurs tatouages et leurs « free minds », car la plupart d’entre eux se voient photoshopé pour masquer leurs tatouages lorsqu’ils passent à la télé, ou encore obligé de les cacher en concert à l’aide de toutes sortes d’artefacts magiques comme des t-shirts à manches longues, des cols roulés, des gants ou bien du fond de teint.

Heureusement, grâce à cet engouement nouveau, discret mais bien présent, des jeunes générations pour le tatouage, le gouvernement songe à modifier/créer des lois pour commencer à laisser une place à cet art… Enfin.

Petite anecdote sympa (enfin pas vraiment) ; lors de photos d’identités, toute personne au physique un tant soit peu alternatif, se verra « normaliser » grâce à photoshop afin de répondre aux « normes » physiques.

Alors c’est pas joyeux tout ça ? Pour en apprendre un peu plus sur les tatoueurs Coréen, retrouver notre Interview de la talentueuse Aru Lee, ici.

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